Le 12 avril 1991, à Dallas, Texas, deux gardes de sécurité en uniforme dans une voiture de patrouille ont abordé Jeramy Harrel, âgé de 14 ans. Ils l'ont emmené contre sa volonté, malgré les protestations de sa mère, pour le conduire dans un hôpital psychiatrique privé appartenant aux Psychiatric Institutes of America (PIA), filiale de National Medical Enterprises (NME). Un psychiatre, le Dr Mark Bowlan, et un agent de protection de l'enfance - qui n'avait jamais parlé avec Jeramy ou ses parents - avaient demandé au tribunal la détention du garçon, estimant qu'il était «toxicomane» et que ses grands-parents avaient physiquement abusé de lui. Le Dr Bowlan a également prétendu que «Jeramy était un enfant violent et agressif, enclin à l'école buissonnière, avec des notes insuffisantes ». Si on ne le traitait pas, a-t-il ajouté, le garçon « continuera à souffrir de détresse mentale, émotionnelle ou physique sévère et anormale » et il empirerait.
Il fallut l'intervention du sénateur du Texas Frank Tejeda pour obtenir la libération de Jeramy après avoir découvert que l'admission forcée du garçon reposait sur les affirmations infondées et mensongères faites par le frère de Jeramy, Jason, âgé de 12 ans.
Pendant les six jours où Jeramy a été retenu dans l'établissement, il a été drogué - sans la permission de ses parents - et on leur a refusé le droit de lui rendre visite. Il est passé de l'état de garçon alerte à celui de quelqu'un ayant un regard terne et fixe avec une démarche très lente. La compagnie d'assurance-maladie de la famille a été facturée 11000 dollars (9000 euros) pour cette «admission» et ce «traitement».
Ce cas déclencha une série d'enquêtes d'une ampleur jamais vue, au Texas ainsi qu'au niveau national, sur les fraudes et les abus dans le secteur de la santé mentale. Le 28 avril 1992, la députée Pat Schroeder, présidente de la Commission parlementaire sur les enfants, les jeunes et la famille, émit une réprimande caustique à propos «des pratiques inquiétantes et contraires à la morale » qui avaient été découvertes. D'après ses propos, «des milliers d'adolescents, d'enfants et d'adultes ont été hospitalisés pour des traitements psychiatriques dont ils n'avaient pas besoin... des patients ont été retenus contre leur volonté jusqu'à ce que leurs droits aux assurances-maladie s'épuisent... et des primes ont été payées au personnel hospitalier, y compris aux psychiatres, pour garder les lits d'hôpitaux occupés ». Pour elle, il s'agissait «d'une affaire de gros sous ».
Ces pratiques indignes, motivées par le profit, sont à l'origine de 14 enquêtes différentes sur la NME au niveau des États et au niveau fédéral. Le 26 août 1993, le FBI et d'autres agences fédérales ont fait une perquisition à la NME. Résultat: la société a dû payer 740 millions de dollars (600 millions d'euros) d'amendes et de dédommagements.
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